Mika au Bec des Rosses

Papa, ça je pourrais faire?

C’est la phrase récurrente de Mika, quand on regarde les images filmées avec le reste du team, devant La Liste de Jérémie Heitz ou pendant les étapes du Freeride World Tour. Souvent la réponse est oui, plus tard si tu progresses.

Mika Ribordy Ridevalais
Mika la saison passée pour ses premières journées de freeride

 

Et puis Mika progresse, et des fois, au lieu de demander s’il pourrait faire, il annonce directement la ligne qu’il prendrait, de manière de plus en plus réaliste, et quand un jour du début de saison il annonce dans le funispace :

Papa, je veux faire Rock’n’Roll

On discute un peu, pour être sûr qu’il se rend compte que c’est déjà raide, un peu long, un gros morceau pour un enfant qui va bientôt avoir 7 ans.
Mais il persiste, il comprend et veut vraiment, alors on y va : on a l’habitude de skier des passage raide ensemble, et puis il y a toujours la corde à portée de main dans le sac si vraiment.

Rock’n’roll s’enchaine facile, on y retournera plus tard dans la saison avec plus de neige et il descendra le couloir d’une traite en grandes courbes.

Suivront les classiques de Verbier, les uns après les autres : le Y, le First, Backside, le

Mika dans la montée de Stairway

bouquetin et tous les couloirs du Mont-Gelé accessibles sans marcher.
Puis on teste les montées à pieds, petites d’abord avec Stairway, puis un peu plus impressionnant avec Banane. Tout se passe bien, on prend le temps, il a le pieds sûr à la montée comme à la descente, les passages exposés se font encordé ou au dessus de papa, que du bonheur!

Tout ce temps là, à chaque fois que je rentre d’un tour au bec, les mêmes questions :

T’as fait quelle ligne? Je peux venir avec toi la prochaine fois?

A force on y pense vraiment, ça semble raisonnablement possible, le challenge sera probablement la montée avec les marches bien plus haute que ses petites jambes!

Bec des rosses Verbier Ridevalais
Le mythique Bec des Rosses

Le Bec est fermé le mois avant la compétition, il faudra donc attendre. Le jour de l’Xtreme, au pieds de la face Mika devise du run qu’il ferait, plus grand, s’il était là-haut : c’est clair, il a flashé sur Darkside, la partie skieur gauche de la face, la plus raide, où deux des trois riders du podium ski homme décident de dessiner leur ligne (Markus Eder et son butter, et Mickael Bimboes à mach 12 en sautant la Delerue) .

Le week-end suivant s’annonce bien : la météo est bonne, il a reneigé pendant la semaine et la pente a été suffisamment skiée pour éviter les mauvaises surprises et pour garantir une bonne trace de montée, c’est parti!

A chaque étape, dès le matin, on discute : Est-il sûr? En forme? Tout va bien! On validera son choix au sommet du Mont-fort avant de descendre la face sud, bien regelée et donc parfaite pour s’assurer qu’il est bien sur ses skis ce jour là, puis au sommet du Baby Bec, avec la possibilité de skier la face du Freeride Junior Tour où ridait Martin quelques jours

Mika sur le « hillary step » du Bec des Rosses

plus tôt, puis encore au moment du picnic sur l’arête au pied du petit ressaut rocheux qui pour lui prend des airs d' »Hillary step », mais toujours la même réponse :

Non, moi je vais au sommet!

Alors on met la corde, et après un court passage de grimpe où il ne savait pas trop quoi faire de ses batons et l’arrête sommitale, on se retrouve au sommet!

C’est son premier sommet, Mika est impressionné, je suis ému de partager ça avec lui et les riders qui arrivent après nous n’en reviennent pas. Il est temps d’envisager la descente et je lui propose de suivre l’arrête pour rejoindre l’épaule du Dogleg, là où le couloir devient plus accessible, évitant ainsi la « no fall zone » sous le sommet, mais de nouveau, Mika n’est pas de cet avis : il veut faire le couloir en entier depuis le sommet!

Alors on prend le temps de regarder la pente, et puisqu’il semble sûr de lui, on se prépare à descendre : il skiera encordé jusqu’à l’épaule, on s’assure ainsi de ne pas prendre trop de risques.

Mika Ribordy ridevalais bec des rosses
Le sommet de Dogleg

Dans la pente, l’engagement se ressent : la vue est vertigineuse et la pente est visible jusqu’en bas dès le sommet, mais Mika est solide sur ses ski et négocie les premiers goulets sans soucis, sous l’oeil de son papa qui n’a jamais été autant impressionné par cette face que ce jour là!

Arrivés à l’épaule, c’est le moment de ranger la corde : les conditions ne sont pas très facile, il a soufflé et la neige est changeante, mais Mika est à l’aise et enchaine les virages jusqu’en bas, s’arrêtant quelques fois pour regarder la face, on regarde le coeur du sommet de la toute fraiche « Rausis Cliff » et on arrive en bas sans encombre.

Mika est rayonnant, sautille dans tous les sens en skiant le plat qui nous ramène sur la piste des gentianes, j’ai les larmes aux yeux d’avoir eu la chance de passer un tel

Le petit mec et la grande montagne!

moment avec lui.

Je suis épuisé par la tension que représente une telle aventure et j’espère que lui en a eu assez, mais il veut encore aller skier le snowpark, et il nous reste encore quelques descentes avant la fin de cette journée fantastique!

Avec le recul, il est évident qu’une telle journée est le fruit d’une évolution partagée sur plusieurs saison avec un enfant motivé et doué, et que là-haut encore plus qu’ailleurs le maitre-mot est la sécurité. Merci Mika, je crois que de nous deux, c’est moi qui apprends le plus lors de ces sorties!

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