Interview : Mathieu Gschwandtner

Interview : Mathieu Gschwandtner boucle sa première saison complète sur les Freeride World Qualifiers, le moment de faire le point sur une saison chargée en émotion!

RideValais : C’était un hiver de folie, mais toi tu avais déjà commencé ta saison en Nouvelle Zélande, c’était comment?

Mathieu Gschwandtner : J’ai effectivement commencé ma saison par un petit détour chez nos amis les kiwis. Malheureusement, je n’ai pas eu la même chance qu’ici en Europe au niveau des conditions d’enneigement. Cette aventure valait néanmoins la peine d’être vécue : j’étais entouré durant trois semaines des meilleurs athlètes du FWQ dans la Mons House et sur les pistes et les kickers de Treble Cone. En dehors du ski, la Nouvelle-Zélande m’a aussi montré toute sa splendeur : entre les couchers de soleil sur le Lake Wanaka, les grandes prairies vertes ou on peut voir des biches ou des moutons et la vue panoramique que l’on peut apprécier sur chaque rocher de Treble Cone, j’étais bien servi!interview mathieu gschwandtner

Et la compétition?

C’était la première compétition 4* de la saison, après 35 heures de vol, la face représentait 30 secondes de descente, c’est un peu étrange! Par peur de me perdre dans cette face très dense, raide et parsemée de rochers, j’ai opté pour un run rapide et solide dans le couloir central, ce qui était moins payant que le reste de la face. Je le saurai pour la prochaine fois ! Cette descente m’a quand même valu une 10ème place. Après une soirée bien arrosée et folle, comme à l’habitude des kiwis, j’ai eu la chance de faire le retour en business et même passer par le cockpit, grâce à la maman de ma copine!

après 35 heures de vol, la face représentait 30 secondes de descente, c’est un peu étrange!

Retour en Europe, et tu avais bien choisi ton timing pour prendre une année sabbatique!

Oui, quelques mois après mon retour, l’hiver était enfin de retour à Verbier ! Il y a eu tellement de jours de poudreuse que je ne saurais même plus les compter. A Verbier, plein de nouveaux couloirs étaient désormais possibles avec tout cet or blanc!

Tu pars avec assez de points pour faire toutes les 4* de la saison, mais tu es quand même allé à Vars?

Avant d’attaquer les 4* je voulais me faire un petit échauffement en effectuant une 3*. C’était effectivement un petit échauffement : après trois virages, j’ai bêtement perdu un ski en percutant un petit shark. J’ai quand même pu profiter de mes amis Guim et Tom que je n’avais plus vu depuis un petit moment.

J’ai ensuite ouvert un straight engagé et juste avant ma dernière cliff, le même scénario qu’à Vars, un shark me déséquilibre et je perds mon ski

Une semaine plus tard, c’est la première 4* en Europe, aux Arcs, avec de la neige fraiche.

Les conditions avaient l’air optimales, mais on s’est vite rendu compte après de nombreuses chutes qu’elles étaient trompeuses. Après une longue attente à -25°qui m’a valu un orteil gelé, je me suis élancé dans la face. J’avais à cœur de bien démarrer ma saison pour entrer dans une spirale positive. J’ai choisi une ligne originale avec trois rochers sur la partie du haut. Tout se passait comme prévu. J’ai ensuite ouvert un straight engagé et juste avant ma dernière cliff, le même scénario qu’à Vars, un shark me déséquilibre et je perds mon ski, ce qui est synonyme d’une disqualification. 

Grosse déception.. c’était un bon run à part la chute, Jonas s’est classé premier, on aurait pu faire un podium RideValais! Ca fait beaucoup de compétitions en peu de temps, avec Hochfügen juste après, tu courrais dans ton pays.

L’Autriche est toujours un endroit spécial pour moi. Les Schnitzel (escalope pannée autrichienne), les soirées folles que j’y ai vécues et mes résultats sur les compétitions juniors à Fieberbrunn me motivent à chaque fois. Après les deux escales en France, je me suis déplacé avec mes potes Tom Gratadour et Eva Battolla. Comme je venais de louper mon permis de conduire, je pouvais me détendre à l’arrière de la voiture en regardant les paysages autrichiens défiler. Je me réjouissais de ce voyage, car après ma déception des Arcs, je voulais tout donner à Hochfügen.
Mais une nouvelle fois la chance n’était pas au rendez-vous. Quelques minutes avant que je m’élance sur cette face, la montée du brouillard ne nous permettait même plus de voir le bout de nos skis. Nous avons passé de longues heures au sommet à attendre que le soleil perce. Nous avions tous l’espoir de pouvoir courir le lendemain, mais les organisateurs on décidé de stopper la course. Les runs des 60 premiers étaient comptabilisés et les 10 derniers, dont moi, étions classés disqualifiés. Nous étions tous révoltés, mais ça aussi en vain.

Tu devais donc faire un bon résultat à l’étape de Jasnà où tu t’étais classé 3ème l’an dernier.

Notre mot d’ordre était alors « Pozor ! » qui veut dire « attention » en slovaque. Tom et moi l’avons crié lorsque nous avons quitté le portillon de départ

Cette fois, après de longues heures de route avec mon père, c’était au tour de la voiture d’avoir un problème. Nous étions perdus au milieu de l’Autriche, avec comme objectif d’atteindre Vienne pour prendre Tom. Après un trajet en dépanneuse et en taxi nous pouvions enfin nous reposer dans la capitale autrichienne. Le lendemain la route continua avec une nouvelle voiture. Notre mot d’ordre était alors « Pozor ! » qui veut dire « attention » en slovaque. Tom et moi l’avons crié lorsque nous avons quitté le portillon de départ. Comme la météo n’était de nouveau pas clémente. La compétition se déroula sur trois jours grâce à une organisation formidable. Au départ nous devions combattre les bourrasques de vent pour tenir debout. Nous étions tous frigorifiés. Après trois virages je me suis vite rendu compte que le vent et le froid avaient eu un impact sur la neige. La moitié de la face était composé de verre-glas. Une fois ma triple (3 sauts à la suite) posée parfaitement je me dirigeais sur mon dernier point fort de ma ligne. J’avais prévu de rentrer dans une straight qui était alors encore vierge. Les rochers défilèrent à une vitesse impressionnante sur le bord de mon champ de vision. Enfin un run de posé, enfin une ligne d’arrivée franchie avec les deux skis et enfin l’adrénaline qui se libère dans mes vaisseaux sanguins après avoir fait ce que je voulais. Même si au final, je n’ai été récompensé que d’une 10ème place (j’avais espéré mieux), ça fait du bien de ressentir des émotions positives!

Une fois ma triple (3 sauts à la suite) posée parfaitement je me dirigeais sur mon dernier point fort de ma ligne. J’avais prévu de rentrer dans une straight qui était alors encore vierge. Les rochers défilèrent à une vitesse impressionnante sur le bord de mon champ de vision. Enfin un run de posé, ça fait du bien de ressentir des émotions positives!

Ensuite un moment de répit avant la Nendaz Freeride, ça fait quoi de courir à la maison?

Ce petit break a été l’occasion de faire de plus grosses lignes à la maison, comme le Bec des Etagnes ou le Bec des Rosses.
C’est surement la plus prestigieuse compétition sur le circuit des Qualifiers et elle a lieu dans une vallée voisine, plus précisément à Nendaz. Contrairement aux autres compétitions, il faut d’abord se qualifier. J’étais un des derniers à prendre le départ et j’ai donc pu constater que beaucoup de riders tombaient ou faisaient des erreurs, mais je n’ai jamais voulu adapter mon run en fonction des autres. Peut-être que cette fois j’aurais dû… En début de journée les conditions étaient magnifiques mais au fur et à mesure de la compétition, la partie de la face que j’avais choisie se dégradait. Alors qu’un run sans chute aurait suffit pour atteindre la finale, j’ai pris des risques trop élevés et suis parti full speed, un saut après l’autre. Malheureusement un trou venant de la chute d’un rider me précédant m’a stoppé dans mon élan et m’envoya faire des tête-pieds. L’année passée, déjà, je n’avais pas pu participer à la finale à cause du risque d’avalanche. J’espère que l’année prochaine je pourrai rider sur cette magnifique face du Mont Gond!

je n’ai jamais voulu adapter mon run en fonction des autres. Peut-être que cette fois j’aurais dû.

La saison se termine par la fameuse étape d’Obergurgl, le « Bec des Rosses des Qualifiers ». 

Cette année j’étais pour la première fois au sommet et même après avoir skié le Bec, cette face ne fait pas rire. Je suis parti là-bas avec Jonas et son van accueillant, avec 7 autres Suisses et Français. L’ambiance était très sympa et détendue. On n’aurait pas dit que certains jouaient leur place sur le Tour. Le jour du face check, nous avons tous compris que ça n’allait pas être facile. Les pistes étaient glacées, aux alentours des avalanches de neige de printemps partaient toutes seules et la température nous faisait croire que nous étions au bord de la mer. Heureusement que la grillade après était succulente. Ce jour-là, je n’avais jamais autant hésité sur ma ligne. J’avais plein d’options (trop d’options !). Des trucs trop fous et d’autres pas assez. Au final il m’en resta deux. C’est seulement le lendemain que je décidai laquelle prendre. Après une bonne nuit de sommeil nous devions débuter la montée sous un soleil d’été. Au sommet, je pouvais ressentir l’importance de cette compétition et l’ambiance tendue qui y pesait. Contrairement à d’autres, je ne jouais pas ma saison sur cette dernière compétition. Je voulais me faire plaisir, poser à nouveau un run et pourquoi pas faire un petit podium pour me booster pour la saison à venir. J’ai commencé mon run prudemment, avec moins de vitesse que d’habitude. Après une première double parfaitement réalisée, je suis resté accroché au take-off du deuxième rocher de ma deuxième double. Et de nouveau une chute.

Ce qui est sûr, c’est que j’ai beaucoup appris, gagné beaucoup en expérience, et surtout, que je reste sur ma faim. J’ai envie de persévérer et de prendre du plaisir encore et encore !

C’était une grosse saison avec de très beaux runs, mais avec beaucoup du chutes, quel en est ton bilan?

Je pense que sur cette saison j’ai manqué de chance, mais également, qu’elle doit être provoquée, ce que je n’ai pas su faire. Peut-être que j’étais trop à la recherche de résultats ou trop hésitant sur mes choix de lignes. Ce qui est sûr, c’est que j’ai beaucoup appris, gagné beaucoup en expérience, et surtout, que je reste sur ma faim. J’ai envie de persévérer et de prendre du plaisir encore et encore!

Quels sont tes objectifs pour la saison prochaine?

Comme cette année, je vais retourner en Nouvelle-Zélande pour faire la 4* et pourquoi pas une 2* aussi. Il m’y faudrait un bon résultat pour rester au plus haut niveau des qualifiers. Mon objectif ensuite est de faire un podium ou de solides top 5 en début de saison pour jouer une montée sur le Freeride World Tour lors de la dernière étape à Obergurgl, une face qui correspond à mon style de ski.

Ca reste une grosse saison de freeride et une première saison de qualifiers, une sacré expérience!

Ce n’est pas donné à tout le monde de vivre une saison entièrement dédiée à sa passion, et ça je le dois à mes parents. Grâce à eux, j’ai toujours pu vivre et croire en mes rêves. Merci papa et maman ! Je voulais aussi remercier toute ma famille en général, qui vibre et stresse avec moi au fil de mes saisons ; ma copine, Ema, qui me soutient quoiqu’il arrive et supporte mes escales autour du monde et de l’Europe ; mes coachs, Seb, Émilien et Géraldine, de la Mountain Line Foundation pour les précieux conseils donnés dans la bonne humeur ; mes sponsors, Verbier 4 Vallées, Fischer, Julbo et Évasion (le meilleur magasin de Verbier), pour leur confiance ; et merci RideValais pour toute l’aide au fil de la saison et surtout pour tous les bons moments qu’on a et qu’on va encore passer ensemble!

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